DICEMBRE20242

J’ai vu une paix désarmée, mais malheureusement pas désarmante !

« Monsieur, avez-vous une bande dessinée ou un livre pour enfants ? » demande Charbel à un travailleur humanitaire de la Caritas-Liban. Ce petit garçon de 7 ans continue de vivre à Rmeich avec sa famille malgré l’atrocité des bombardements et la violence des combats. En effet, dans ces villages frontaliers meurtris par les bombardements et les destructions, la famille de Charbel, comme de nombreuses autres familles chrétiennes, vit une tragédie silencieuse et un véritable drame humain. Ils ont refusé de partir, car ils savent que le jour où ils quitteront leur village, celui-ci sera complètement dévasté, leurs maisons seront piégées par des mines, l’église centenaire éventrée et leurs terres réduites en cendres. Ils ont choisi de rester, de résister pacifiquement, de s’accrocher à leur foi en Jésus-Christ. Ils vivent isolés du reste du pays, sans hôpitaux, sans centres de santé, sans commerces, sans électricité, sans Internet… mais rien ne parvient à éteindre la détermination de ces hommes, de ces femmes et même de ces enfants ! Pour eux, la terre n’est pas seulement un lieu de résidence, il ne s’agit pas seulement d’un lieu de vie, mais un héritage transmis de génération en génération, d’une mémoire vivante façonnée par les prières, les traditions, les sacrifices et le sang des ancêtres. Chaque pierre, chaque olivier, chaque clocher raconte une histoire de fidélité et d’enracinement. Leur courage est admirable, leur témoignage est saisissant, leur foi évoque le Psaume 46 : « Dieu est pour nous un refuge et une force, un secours toujours proche dans la détresse. C’est pourquoi nous ne craignons rien quand la terre est bouleversée, quand les montagnes s’effondrent au cœur de la mer. » Ils sont un véritable symbole de la résistance spirituelle pacifique et de la force de l’espérance ! Dans leurs regards se lit la volonté de protéger un patrimoine humain et religieux qui dépasse leur propre existence, mais aussi de veiller sur leur humanité, de ne pas céder à la violence et de ne pas se laisser abattre par le découragement et la peur.

Ces Libanais mènent une lutte quotidienne, sans armes, sans munitions, sans missiles ; leur combat est celui de la dignité humaine, de l’attachement à la terre et de la fidélité à une foi qui leur permet de traverser « les vallées de l’ombre de la mort » (Psaume 23), en éclairant les moments les plus sombres de leur existence. Au milieu des ruines, ils demeurent les gardiens d’une espérance et d’une présence sacrée. Ils résistent, mais ont besoin de notre solidarité ; ils ont besoin de tout : d’eau potable, de nourriture, de biens de première nécessité, de kits d’hygiène, de soins médicaux et de médicaments. La situation du Liban exige une mobilisation de la conscience internationale. Derrière les chiffres et les bilans se cachent des visages meurtris, des rêves brisés et des générations dont l’avenir demeure suspendu à l’espoir d’un retour à la paix. Plus que jamais, nous avons besoin de soutenir les civils innocents qui périssent injustement sur l’autel des calculs économiques et politiques des grandes puissances. Soutenons nos frères libanais ! Soutenons leur combat pour une paix désarmée et désarmante, soutenons leur espérance et leur persévérance !

Sr Mirna Farah